Juge Girouard, des codes pour se procurer de la drogue

Mercredi 06 mai 2015

Juge Girouard, des codes pour se procurer de la drogue

QUÉBEC – Au nom du «droit du public à l’information» les trois juges qui enquêtent sur le dossier du juge Michel Girouard, soupçonné de s’être procuré des stupéfiants, ont permis mercredi matin l’écoute de conversations téléphoniques interceptées par la Sûreté du Québec dans le cadre de l’opération Écrevisse.

Bien que les avocats qui défendent les droits du magistrat de l’Abitibi se soient farouchement opposés à cette écoute, prétextant le caractère strictement privé des conversations, les trois juges qui procèdent à l’enquête se sont rangés derrière les arguments de l’avocate indépendante, Me Marie Cossette.

Cette dernière a soulevé «qu’un public informé qu’une telle preuve existe et sachant qu’elle a été écartée serait à même de se questionner sur la transparence de la justice».

Dans une vidéo qui n’a toujours pas été déposée à la cour et qui a été captée le 30 septembre 2010, soit deux semaines avant la nomination du juge, on pourrait y voir le juge Girouard acheter de la cocaïne à l’un de ses clients, Yvon Lamontagne, dans le bureau d’un club vidéo.

La transaction aurait été filmée parce que Lamontagne faisait l’objet d’une enquête de la SQ dans le cadre de l’opération Écrevisse visant à démanteler les réseaux de trafic de stupéfiants en Abitibi.

Les trois individus – Serge Pomerleau, Yves Denis et Denis Lefebvre – qui se sont évadés de la prison d’Orsainville en juin 2014, étaient d’ailleurs visés par cette même enquête.

À l’époque, le juge Girouard agissait à titre d’avocat de la défense pour Lamontagne. Toutefois, à chacun des appels interceptés par la SQ, les deux hommes ne discutent pas de dossier de cour, mais plutôt de location de films.

Lors d’un appel effectué le 24 avril 2010, le juge Girouard qui se surnomme lui-même «Miguël», a dit à Lamontagne que «là, je vais rencontrer un client, mais j’aurais écouté un bon film à soir… Un qui n’est pas sorti», ce à quoi Lamontagne répond qu’«il n’a pas grand choix de bon cette semaine».

Trois heures plus tard, le juge communique à nouveau avec Lamontagne qui accepte que le juge passe chez lui puisqu’il doit «aller chercher des frites pour le souper et je vais aller chercher le film en même temps».

Selon l’avocate indépendante, certains «codes» pourraient être au c’ur de ces conversations puisqu’à chacune des fois où le magistrat a téléphoné, il y a eu par la suite transaction de drogue entre Lamontagne et une personne liée au réseau.

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